miércoles, 29 de agosto de 2012


Véronique Daine responde a Bonifacio




  1. Do you have something against the ocean?
Quelque chose contre l'océan... Non, bien plutôt quelque    chose de l’océan dans le corps, dans la matière-corps. Son sel, sa houle, ses particules,... Mahmoud Darwich dit qu'il est la première obsession des poètes car la première cadence est née du rythme des vagues.

  1. What parts of the planet Earth do you think poetry trees could be planted on?
Des arbres de poésie devraient être plantés partout où la parole est violentée, c'est-à-dire partout dans le monde.

  1. Is solitude the beginning or end of everything in existence?
La solitude est peut-être le début, la compagne et la fin de toute chose au monde.

  1. Which would you prefer: to be a good writer, but utterly miserable, or a happy, mediocre writer?
Comme tout le monde je suppose : être un bon écrivain heureux (mais qu'est-ce qu'un bon écrivain ? Et qu'est-ce qu'un écrivain heureux?)

  1. Is madness the basic ingredient of true genius?
Je ne sais ce qu'est le génie. Par contre, je crois à l'habitation, à la dévoration. Je crois que certains êtres sont habités, dévorés par une gueule qui les réclame tout entiers.  Cette gueule a pour nom poésie, danse, musique, peinture, Dieu,... Peut-être que se donner à cette gueule peut, pour un oeil extérieur, passer pour de la folie. Mais cet oeil alors confond amour et folie.

  1. Sincerely, what do you think of the people around you who aren´t writers or involved in any artistic activities whatsoever?
Je pense que les êtres autour de moi me sont semblables en tout, que l'expression humaine de la peur, de l'amour, de la détresse, de la mort, de la vie, de la joie, de l'arrachement,... est universelle et que c'est cette universalité qui nous permet de nous rejoindre.

  1. Were you telling the truth when you lied, or did you mean what you said when you lied?
Il m'est arrivé de découvrir ma vérité en mentant.

  1. Who or what is it that you can´t stand?
La négation de l'autre.

  1. What is your biggest phobia or fear; your biggest pleasure or passion? 
Ma plus grande peur : la peur. J'ai peur des êtres et des animaux qui ont peur ; j'ai peur de mes propres peurs. Mon plus grand amour -et mon plus grand plaisir : l'amour !

  1. If someone told you they didn´t really like your literary works, regardless of the genre they were referring to, even if lots of people say they love it; how would you feel and what would you say?
Je pense que cette personne aurait raison d'éprouver ce qu'elle pourrait éprouver et de dire ce qu'elle aurait à dire.
 
  1. Do you have any opinions regarding politicians or politics in your country?
Pas d'opinion particulière sur les politiciens ou la politique de mon pays mais un réel enthousiasme et une grande espérance dans le mouvement des étudiants québécois parce qu'il y a là, me semble-t-il, une réelle pensée politique et sociale, fraternelle de surcroît.

  1. Why haven´t you read all the books sitting at your house? Do you periodically prune your collection down?
Excellente question !!! Pourquoi donc n'ai-je pas lu tous les livres de ma bibliothèque ?

  1. Do you think you´ve written the book you wanted to write?
Je ne veux (ni n'ai voulu) écrire aucun livre, aucun texte, aucun poème. J'écris ce qui consent à se donner et l'écrivant, je m'efforce que cela soit le plus fidèle possible à ce consentement .

  1. Given the above, why continue writing if you already said what you had to say the way you wanted to say it? Why keep using words?

Sylvie Germain, citant Marguerit Duras, fait cette réponse: Si on savait quelque chose de ce qu’on va écrire, avant de le faire, avant d’écrire, on n’écrirait jamais. Ce ne serait pas la peine. Ecrire est toujours une avancée dans l’inconnu, donc toujours devant nous, jamais derrière, jamais dans ce qu’on a écrit. C’est pour cette seule avancée dans l’inconnu qu’on continue d’écrire ; et peut-être que, continuant d’écrire, cet inconnu devient de plus en plus vaste et de plus en plus irrésistible.

  1. Nightstand books? Coffee table? Jitney van/Bus reading? Subway? Books to read on the toilet?
Oui, bien sûr, des livres du soir, des livres du matin, des livres pour l’après-midi, des livres pour le bus, l’avion, le train, des livres pour la pluie, ou pour la neige, des livres pour le silence,… Des livres pour se perdre. Partout. A tout moment.
 
  1. What would happen if there was no such thing as oysters or Malbec grapes?
Il n’arriverait rien dans la petite parcelle de vie qui est la mienne.

  1. If you were not a human being, what tangible or abstract thing/concept would you be? 
Je serais un ruminant, un animal de la lenteur et de la contemplation (du moins est-ce l’image que je me fais de ces animaux), j’accomplirais mon travail et je me coucherais contre mes semblables pour traverser la nuit.

  1. Have you ever loved or hated more than you should have?
Qu’est-ce que c’est, aimer plus qu’on ne devrait ? J’espère bien, l’âge avançant, être capable d’aimer toujours plus. Comme j’espère aussi ne jamais être capable de haïr.

  1. Do you think the world would be a different place if there was no such thing as poetry?
S’il nous faut penser le monde sans la poésie, il nous faut aussi le penser sans l’humanité; l’une étant indissociable de l’autre.

  1. Which do you prefer: the poet, or his/her poetry?
Il arrive souvent que j’aime la poésie sans connaître le poète ; il arrive quelquefois –rarement- que j’aime la poésie et que je n’apprécie pas le poète ; il arrive –et c’est le plus souvent- que la poésie me conduise au poète, à son chemin individuel et alors, comment ne pas l’aimer ? comment ne pas aimer un chemin d’humanité ?

  1. Do artists, as they are want to believe, suffer and enjoy more intensely than other mortals?

Je ne pense pas que les artistes souffrent ou aiment plus intensément que les autres hommes ; je crois juste qu’ils ont un rapport singulier avec un langage qui les amène à exprimer ce que tous ressentent.

  1. Any issues with suicide?
Je n’ai pas de pensée particulière à propos du suicide ; je suis habitée par un amour fou de la vie mais je conçois très bien que d’autres souhaitent y mettre fin.

  1. How much of the image you think you project to others do you think is true about yourself?
Je ne sais quelle image les autres ont de moi, je ne sais donc ce qui est réel ou ce qui est erroné. Et cela n’a pas beaucoup d’importance. J’essaie juste d’être authentique avec moi-même et de me tenir au plus près de ma vie.

  1. What has been your most persistent déjà vu experience?
Si je comprends bien la question, je suis incapable d’y répondre.

  1. If you found out the world were to end at midnight tonight, what exactly would you do?                                                                                                                                          Je ferais la même chose que chaque jour: je boirais du café, je travaillerais si c’est un jour de travail, j’écrirais si c’est un jour d’écriture, je marcherais avec mon chien, je nourrirais les chats, j’écouterais de la musique, je ferais l’amour, je rangerais la maison, je saluerais mes voisins, je préparerais le repas, j’arroserais le jardin, je regarderais la lumière sur le mur de la maison, je lirais le soir avant d’éteindre,… Je ferais peut-être ceci en plus : j’appellerais mes parents, mes enfants et mes amis et je leur dirais combien je les aime.

VÉRONIQUE DAINE, poeta belga.


Bonifacio



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